Un enseignant québécois qui débute avec un baccalauréat de quatre ans touche 63 142 $, et non le premier échelon de la grille. Au sommet, après treize ans, l’échelle atteint 105 432 $. Ces montants sont ceux de l’échelle en vigueur depuis le 27 mars 2026, issue de la convention collective 2023-2028. Voici la grille complète, la règle qui détermine votre échelon d’entrée, et ce que les chiffres qui circulent ne disent pas.
La grille salariale en vigueur, échelon par échelon
Le personnel enseignant des centres de services scolaires est rémunéré selon une échelle unique de traitement annuel, prévue à la clause 6-5.03 de la convention collective. Elle comporte seize échelons, contre dix-sept avant la convention 2023-2028.
Un point mérite d’être signalé avant de lire le tableau, car il déroute beaucoup de monde : l’échelle change à la fin du mois de mars, pas à la rentrée. Les montants ci-dessous sont entrés en vigueur le 27 mars 2026 et s’appliquent donc à toute l’année scolaire 2026-2027 jusqu’au 27 mars 2027, date à laquelle la dernière échelle de la convention prendra le relais.
| Échelon | En vigueur depuis le 27 mars 2026 | À compter du 27 mars 2027 |
|---|---|---|
| 1 | 54 119 $ | 56 013 $ |
| 2 | 57 734 $ | |
| 3 | 63 142 $ | |
| 4 | 65 633 $ | |
| 5 | 68 222 $ | |
| 6 | 70 912 $ | |
| 7 | 73 708 $ | |
| 8 | 76 614 $ | |
| 9 | 79 637 $ | |
| 10 | 82 776 $ | |
| 11 | 84 580 $ | |
| 12 | 88 176 $ | |
| 13 | 91 924 $ | |
| 14 | 95 829 $ | |
| 15 | 99 901 $ | |
| 16 | 105 432 $ | 109 121 $ |
À quel échelon commence-t-on vraiment ?
C’est la question qui génère le plus de confusion, et l’origine de la plupart des chiffres contradictoires que l’on trouve en ligne. Personne ne commence à l’échelon 1 avec une formation complète en enseignement.
La convention prévoit deux éléments de classement. L’enseignant reçoit d’abord l’échelon correspondant à son expérience. S’ajoutent ensuite des échelons supplémentaires selon la scolarité reconnue, qui se compte en années de scolarité totale et non en diplômes.
| Scolarité reconnue | Échelons ajoutés | Échelon d’entrée sans expérience | Traitement correspondant |
|---|---|---|---|
| 17 ans (baccalauréat de 4 ans) | +2 | 3 | 63 142 $ |
| 18 ans (maîtrise) | +4 | 5 | 68 222 $ |
| 19 ans et plus | +2 | 3 | 63 142 $ |
Deux remarques sur ce tableau. La troisième ligne surprend souvent : au-delà de dix-huit ans, la bonification redescend à deux échelons, que la personne détienne ou non un doctorat de troisième cycle. Une maîtrise est donc, de ce point de vue précis, le profil le mieux positionné à l’embauche.
Par ailleurs, c’est ce mécanisme qui explique le chiffre de 61 602 $ largement repris pour l’année précédente. Il ne s’agissait jamais du premier échelon, mais bien du troisième, celui où entre un titulaire de baccalauréat. Le premier échelon de cette même échelle s’élevait à 52 799 $.
Combien de temps pour atteindre le sommet ?
Un enseignant entré à l’échelon 3 progresse d’un échelon par année d’expérience créditée et atteint donc l’échelon 16 après treize ans. C’est l’une des avancées de la convention 2023-2028 : la suppression d’un échelon a raccourci d’un an le parcours vers le maximum de l’échelle.
Cette progression suppose une expérience reconnue à temps plein. Les parcours faits de suppléance, de contrats partiels ou d’années incomplètes avancent plus lentement, ce qui constitue l’un des angles morts les plus importants de toute discussion sur le salaire enseignant. Nous y revenons plus bas.
Primaire, secondaire, préscolaire : une seule et même échelle
Il circule beaucoup de contenus affirmant qu’un enseignant du secondaire gagne davantage qu’un enseignant du primaire au Québec, avec des maximums distincts. C’est inexact. La clause 6-5.03 s’intitule explicitement « échelle unique de traitement annuel », et la convention ne prévoit pas de grille distincte par ordre d’enseignement.
À scolarité et expérience identiques, une enseignante de maternelle, un enseignant de troisième année et un professeur de mathématiques de cinquième secondaire touchent exactement le même traitement. Les écarts réels de revenu entre deux enseignants proviennent de trois sources, et aucune n’est l’ordre d’enseignement : la scolarité reconnue, l’expérience créditée, et les suppléments liés à certaines responsabilités.
Cette unicité de l’échelle est un choix structurant du système québécois, et elle le distingue de plusieurs autres juridictions. La contester ou la défendre relève du débat public, mais la décrire autrement relève de l’erreur factuelle.
Ce que la grille ne dit pas
Un montant annuel brut inscrit dans une convention décrit mal la réalité d’une feuille de paie. Quatre écarts méritent d’être connus avant de se projeter.
Du brut au net
Entre le traitement inscrit à l’échelle et le montant déposé au compte bancaire s’intercalent l’impôt fédéral, l’impôt québécois, les cotisations au Régime de rentes du Québec, au Régime québécois d’assurance parentale, à l’assurance emploi, au régime de retraite du secteur public ainsi qu’à l’assurance collective et au syndicat. La ponction est substantielle, et elle varie selon la situation familiale et les crédits applicables.
Nous ne publions pas de montant net ici, parce qu’un chiffre unique serait faux pour la majorité des lecteurs. Les outils de calcul de Revenu Québec et de l’Agence du revenu du Canada donnent une estimation fiable à partir de votre situation réelle.
L’entrée dans la profession passe rarement par un poste à temps plein
C’est l’écart le plus sous-estimé. La grille décrit le traitement d’un contrat à temps plein, alors que beaucoup de débutants enchaînent suppléance occasionnelle, contrats à pourcentage de tâche et remplacements de durée variable. Un enseignant classé à l’échelon 3 mais travaillant à 60 pour cent de tâche touche 60 pour cent du traitement correspondant.
Comparer son revenu réel à la grille sans tenir compte du pourcentage de tâche conduit donc à une déception prévisible. Pour une première année, la question utile n’est pas « combien vaut l’échelon 3 », mais « quel pourcentage de tâche m’est garanti, et pour combien de mois ».
Les suppléments et primes
Des suppléments s’ajoutent au traitement de base dans certaines situations. La convention prévoit par exemple un supplément annuel pour la personne responsable dans un immeuble, fixé à 1 898 $ à compter du 141e jour de l’année scolaire 2024-2025. D’autres mesures, liées à des disciplines en pénurie, à certaines régions ou à des fonctions particulières, évoluent plus vite que les conventions elles-mêmes.
Les montants annoncés en ligne pour ces primes sont souvent périmés ou mal rapportés. Votre syndicat local et le service des ressources humaines de votre centre de services scolaire sont les seules sources à jour sur ce point précis.
La tâche réelle
Préparation, correction, rencontres de parents, suivis individualisés, travail en équipe-école : une partie substantielle du travail enseignant ne se compte ni en périodes ni en heures de présence. Ce décalage entre tâche prescrite et tâche réelle traverse tous les débats sur la rémunération, et aucune revalorisation de grille ne le résout à elle seule.
Comparer avec les autres provinces : pourquoi les tableaux qui circulent sont trompeurs
Vous trouverez facilement des tableaux comparant le salaire de départ et le salaire maximal du Québec, de l’Ontario, de l’Alberta et de la Colombie-Britannique. Nous avons choisi de ne pas en publier un de plus, pour une raison simple : la plupart de ces tableaux comparent des objets qui ne sont pas comparables, et beaucoup citent des montants dont la source est introuvable.
Quatre obstacles rendent l’exercice beaucoup plus délicat qu’il n’y paraît.
- La structure des grilles diffère. Le Québec applique une échelle unique à seize échelons. L’Ontario classe les enseignants en catégories de qualification, avec un nombre d’étapes différent, de sorte qu’un salaire maximal ontarien ne correspond à aucun équivalent direct du côté québécois.
- Le niveau de négociation diffère. La grille québécoise est nationale, alors que plusieurs provinces combinent une entente provinciale et des ententes locales par conseil scolaire, ce qui produit des montants variables à l’intérieur d’une même province.
- Les dates d’effet ne coïncident pas. Comparer une grille québécoise de mars 2026 à une grille ontarienne de septembre 2024 fabrique un écart artificiel.
- Le salaire brut n’est pas le pouvoir d’achat. Fiscalité, coût du logement, frais de garde et régime de retraite modifient considérablement la comparaison, parfois dans le sens inverse de celui que suggère la grille.
Si vous envisagez réellement une mobilité interprovinciale, la démarche fiable consiste à consulter la convention collective du conseil scolaire visé et la fédération enseignante de la province concernée, puis à vérifier auprès de son ordre professionnel les conditions de reconnaissance de votre diplôme et de votre expérience. C’est cette reconnaissance, bien plus que l’écart affiché entre deux grilles, qui détermine votre revenu réel la première année.
Le calendrier des hausses jusqu’en 2028
La convention 2023-2028 prévoit une série d’échelles successives, chacune entrant en vigueur au 141e jour de l’année scolaire, soit vers la fin du mois de mars. La progression du premier et du dernier échelon donne la mesure du mouvement d’ensemble.
| Date d’effet | Échelon 1 | Échelon 16 |
|---|---|---|
| 24 mars 2023 | 46 527 $ | 92 027 $ |
| 26 mars 2023 | 49 319 $ | 97 524 $ |
| 27 mars 2024 | 51 461 $ | 100 246 $ |
| 27 mars 2025 | 52 799 $ | 102 857 $ |
| 27 mars 2026 | 54 119 $ | 105 432 $ |
| 27 mars 2027 | 56 013 $ | 109 121 $ |
Mesurée de la première échelle du 24 mars 2023 à celle du 27 mars 2027, la progression atteint 20,4 pour cent au premier échelon et 18,6 pour cent au dernier. Le double ajustement de mars 2023, visible sur les deux premières lignes du tableau, correspond à la mise en place de la nouvelle structure à seize échelons : il explique à lui seul une large part de la hausse affichée.
Questions fréquentes
Quel est le salaire d’un enseignant débutant au Québec ?
Un enseignant débutant titulaire d’un baccalauréat de quatre ans est classé à l’échelon 3 et touche 63 142 $ par année à temps plein, selon l’échelle en vigueur depuis le 27 mars 2026. Avec une maîtrise, il entre à l’échelon 5, soit 68 222 $. Le premier échelon de la grille, à 54 119 $, ne correspond à aucun profil d’enseignant pleinement qualifié.
Quel est le salaire maximal d’un enseignant au Québec ?
Le seizième et dernier échelon s’élève à 105 432 $ depuis le 27 mars 2026, et passera à 109 121 $ le 27 mars 2027. Un enseignant entré à l’échelon 3 l’atteint après treize années d’expérience créditée à temps plein.
Un enseignant du secondaire gagne-t-il plus qu’un enseignant du primaire ?
Non. Le Québec applique une échelle unique de traitement à l’ensemble du personnel enseignant, du préscolaire au secondaire. À scolarité et expérience égales, le traitement est identique quel que soit l’ordre d’enseignement. Les affirmations contraires que l’on trouve en ligne ne correspondent pas au texte de la convention.
Combien y a-t-il d’échelons et à quelle vitesse avance-t-on ?
L’échelle compte seize échelons depuis la convention 2023-2028, contre dix-sept auparavant. L’avancement se fait d’un échelon par année d’expérience créditée, ce qui suppose une tâche à temps plein. Les années à pourcentage de tâche réduit ou faites de suppléance occasionnelle se créditent plus lentement.
Quand la nouvelle grille entre-t-elle en vigueur ?
Au 141e jour de chaque année scolaire, soit vers le 27 mars, et non à la rentrée de septembre. Une même année scolaire est donc payée selon deux échelles différentes, celle de l’année précédente jusqu’en mars, puis la nouvelle.
Une maîtrise augmente-t-elle le salaire ?
Oui, par le classement à l’embauche. Une scolarité reconnue de dix-huit ans ajoute quatre échelons au lieu de deux, soit un écart de 5 080 $ par année à l’entrée selon l’échelle actuelle. Au-delà de dix-huit ans de scolarité, la bonification revient à deux échelons.
Combien touche un enseignant en suppléance ?
La suppléance occasionnelle est rémunérée selon des taux distincts de l’échelle annuelle, qui varient selon le statut et la durée du remplacement. Votre syndicat local et votre centre de services scolaire publient les taux applicables, qui sont les seuls à faire foi pour votre situation.
Vérifier votre propre classement
Les montants de cet article proviennent du document officiel des échelles salariales de la convention 2023-2028. Ils décrivent la règle générale, pas votre dossier. Trois situations justifient une vérification auprès de votre syndicat ou du service des ressources humaines de votre centre de services scolaire : une scolarité obtenue hors du Québec, une expérience antérieure dans un autre réseau ou une autre province, et un parcours fait de contrats partiels dont le cumul détermine votre avancement.
Un classement erroné se corrige, mais rarement de façon rétroactive au-delà d’un certain délai. Si vous venez d’être embauché, c’est la vérification qui rapporte le plus pour le temps qu’elle demande.
Sources
- Échelles salariales et taux applicables aux enseignantes et enseignants, convention collective 2023-2028, version officielle. Consulter le document
- Clause 6-5.03, échelle unique de traitement annuel applicable au personnel enseignant. Consulter le document
Montants à jour de l’échelle entrée en vigueur le 27 mars 2026. Cet article présente la règle générale prévue à la convention collective et ne remplace pas une vérification de votre classement personnel.

